Un groupe de 64 organisations de la République démocratique du Congo a officiellement demandé à l’Union européenne d’annuler son partenariat sur les minerais critiques avec le Rwanda, accusant ce pays d’Afrique de l’Est d’alimenter indirectement la violence dans l’est du Congo. Dans une lettre remise mardi aux commissaires européens et aux membres du Parlement, les ONG ont averti que la poursuite de ce partenariat risque de légitimer l’exploitation illégale des ressources congolaises et de financer les activités rebelles.
Les récents événements ont intensifié ces inquiétudes après que les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont pris le contrôle du carrefour commercial stratégique de Goma, laissant des milliers de morts et de blessés et alimentant les craintes d’un conflit régional plus large.
Selon plusieurs experts congolais et des Nations Unies, le groupe rebelle fait passer en contrebande des minerais du Congo vers le Rwanda, une pratique censée financer son insurrection. La lettre souligne l’urgence de réévaluer les projets miniers impliquant le Rwanda, citant le risque que des crimes de guerre et des violations des droits humains soient indirectement financés par ces transactions illicites.
L’UE, est-il noté, avait signé en février dernier un protocole d’accord avec le Rwanda afin de promouvoir la gouvernance, la transparence et le développement d’infrastructures pour le traitement et l’affinage des minerais. Cet accord, qui s’inscrit dans un ensemble d’investissements plus large au titre du programme Global Gateway, doit injecter plus de 900 millions d’euros dans le pays pour soutenir des initiatives dans les secteurs des minerais critiques, de la santé et du climat.
Le Rwanda est un exportateur important de minerais tels que le tungstène, l’étain et l’or, et le Fonds monétaire international estime que le pays a exporté pour environ 1,3 milliard de dollars d’or l’an dernier, avec des projections atteignant près de 1,9 milliard de dollars en 2025.
En outre, le Rwanda se classe au deuxième rang mondial des sources de tantale, un composant clé des appareils électroniques portables. Malgré ces chiffres, le président rwandais Paul Kagame a déclaré à CNN qu’il n’avait connaissance d’aucune contrebande de minerais du Congo vers le Rwanda, rejetant les accusations en suggérant que d’autres pays, notamment l’Afrique du Sud et certains pays européens, ont davantage à gagner des ressources du Congo.
Kagame a également rejeté les allégations selon lesquelles son gouvernement soutient les rebelles ou a déployé des troupes dans l’est du Congo — une région ravagée par les conflits depuis des décennies à la suite du génocide de 1994. Par ailleurs, le M23 affirme que ses actions visent à protéger les droits des Tutsis et des locuteurs de la langue rwandaise au Congo.
Le groupe, qui contrôle désormais certaines des plus grandes mines de tantale de la région, génère selon un récent rapport de l’ONU plus de 800 000 dollars par mois en taxant le commerce des minerais.
L’accord de l’UE avec le Rwanda a suscité des critiques dans ce contexte, les organisations locales estimant que le soutien financier et l’assistance technique fournis dans le cadre du programme Global Gateway pourraient, par inadvertance, renforcer un régime complice de pratiques déstabilisatrices. Les décideurs européens font désormais face à une pression croissante pour reconsidérer leur engagement avec le Rwanda, alors que les preuves s’accumulent reliant la contrebande de minerais au financement de groupes rebelles.