Les responsables de la République démocratique du Congo et Kobold Metals ont signé mercredi un accord-cadre visant à relancer le gisement de Manono, l’une des plus grandes ressources mondiales inexploitées de lithium en roche dure. Le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, a paraphé l’accord aux côtés du directeur pays de Kobold, Benjamin Katabuka, lors d’une cérémonie présidée par le président Félix Tshisekedi, selon le bureau de presse de la présidence.
Manono, dans la province du Tanganyika, devait autrefois être mis en production par l’australienne AVZ Minerals, mais les régulateurs congolais ont retiré à la société des permis clés en 2023, déclenchant un arbitrage devant le tribunal du CIRDI de la Banque mondiale. Kobold—soutenue par les investisseurs de Breakthrough Energy Ventures Bill Gates et Jeff Bezos—a proposé en janvier d’acquérir les droits d’AVZ et d’indemniser la société australienne afin de mettre fin à l’impasse juridique.
AVZ et Kobold ont annoncé en mai une term sheet prévoyant qu’AVZ abandonnerait ses revendications « à leur juste valeur », mais AVZ a repris l’arbitrage le 24 juin après l’échec des discussions, jetant le doute sur un transfert rapide.
Des juristes du secteur estiment que tout règlement devra également prendre en compte Zijin Mining, qui a obtenu une part concurrente du même gisement et poursuit sa propre demande de réparation.
Pour Washington, ce pacte est stratégique. Les responsables américains ont pressé Kinshasa de privilégier les investisseurs américains dans le cadre d’un dialogue plus large sur les minéraux critiques, lié à l’aide sécuritaire destinée à l’est du Congo. La spodumène de Manono pourrait alimenter les usines de batteries nord-américaines, qui s’efforcent désormais de réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement contrôlées par la Chine.
Kobold prévoit de déployer sa plateforme d’apprentissage automatique—entraînée sur des ensembles de données géochimiques et géophysiques mondiaux—afin d’affiner les cibles de forage et d’accélérer la délimitation des ressources. La société s’est également engagée à numériser les archives géologiques du Congo, à l’image des travaux qu’elle a précédemment menés sur les ceintures cuprifères zambiennes.
Les prochaines étapes comprennent le dépôt de nouveaux permis d’exploration et la négociation d’accords de retombées communautaires dans une région encore marquée par les conflits. Les analystes de Benchmark Mineral Intelligence estiment que Manono pourrait à terme produire plus de 300 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium par an, de quoi alimenter environ cinq millions de batteries de véhicules électriques, mais seulement si les liaisons ferroviaires vers les ports tanzaniens sont modernisées et l’approvisionnement en électricité sécurisé.
La capacité de Kobold à conclure le rachat d’AVZ avant le durcissement des échéances d’arbitrage déterminera le calendrier. Des personnes familières des discussions s’attendent à un accord de principe d’ici octobre, mais préviennent que des revendications parallèles de partenaires minoritaires et des autorités provinciales pourraient encore retarder le financement de la mine.