Dans un reflet saisissant de la crise qui frappe l’industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie, Société Le Nickel (SLN) a annoncé qu’elle allait mettre en sommeil son centre minier de Thio, berceau de la production mondiale de nickel. Jadis célébré comme le cœur du secteur minier de la Nouvelle-Calédonie, Thio a été paralysé par les troubles politiques et les dégâts causés aux infrastructures à la suite des émeutes survenues plus tôt cette année. Cette décision marque la première fois en 140 ans d’histoire que SLN cesse ses activités à Thio, qui employait directement 230 travailleurs et soutenait 120 emplois de sous-traitants.
Cette fermeture illustre les difficultés plus profondes qui minent l’industrie minière de la Nouvelle-Calédonie, notamment la concurrence de l’Indonésie, désormais premier producteur mondial de nickel. Grâce à des coûts de production plus faibles et à une expansion agressive, les producteurs indonésiens ont grignoté les parts de marché d’acteurs traditionnels comme SLN. La situation est aggravée par l’envolée des coûts de l’énergie dans la région, qui a paralysé les activités métallurgiques locales. Plus tôt cette année, Koniambo Nickel SAS a fermé son site du nord, entraînant la suppression de 1 700 emplois et laissant l’économie du territoire en difficulté.
L’incapacité de SLN à maintenir ses activités est également liée à la destruction d’infrastructures essentielles, notamment des systèmes de convoyage, des équipements miniers et des logements pour les employés, lors des manifestations. Guillaume Kurek, directeur général de SLN, a décrit l’arrêt comme inévitable en raison de « barrières absolues et durables » à l’accès aux mines. Le maire de Thio, Jean-Patrick Toura, a déploré cette perte, soulignant que la mine avait soutenu l’économie locale pendant plus d’un siècle.
Le ralentissement du secteur du nickel en Nouvelle-Calédonie a des répercussions importantes sur les marchés mondiaux. Composant essentiel des batteries de véhicules électriques et de la production d’acier inoxydable, le nickel joue un rôle indispensable dans des industries au cœur de la transition énergétique mondiale. Toute perturbation prolongée de l’approvisionnement en provenance de la Nouvelle-Calédonie, acteur historiquement clé du marché, pourrait aggraver la tension sur les stocks et faire grimper les prix, accentuant encore la pression sur les fabricants dépendants de chaînes d’approvisionnement stables. Sans réformes politiques rapides ou investissements nouveaux substantiels pour relancer les opérations et la compétitivité, la Nouvelle-Calédonie risque de perdre sa position de longue date en tant que contributeur essentiel à l’industrie mondiale du nickel.