Chapô : Étienne-Claude Mabunda prend la direction d’Ecobank RDC alors que la banque poursuit une forte expansion de son bilan, de ses revenus et de son réseau. Son expérience du financement des entreprises congolaises et le positionnement croissant d’Ecobank dans la chaîne de valeur minière pourraient faire du secteur un important levier de croissance.
La nomination d’Étienne-Claude Mabunda à la direction générale d’Ecobank RDC place l’ancien cadre de Rawbank à la tête de l’un des plans de croissance les plus ambitieux du marché bancaire congolais.
Les objectifs publiés par Ecobank RDC prévoient de porter le total de son bilan au-delà de 1 milliard de dollars en 2026, contre environ 590 millions de dollars à fin 2025. La banque vise également un produit net bancaire supérieur à 100 millions de dollars, un résultat avant impôt de 30 millions de dollars et un coefficient d’exploitation inférieur à 60 %.
Ces objectifs sont antérieurs à la nomination de Mabunda, annoncée le 10 septembre. Ils constituent donc la feuille de route institutionnelle dont il hérite, et non des engagements pris personnellement par le nouveau directeur général. Leur ampleur définit néanmoins sa mission immédiate : accroître les dépôts, développer le crédit et renforcer les revenus de la banque sans dégrader la qualité de son portefeuille.
Ecobank prévoit parallèlement de porter son réseau à 18 agences et 3 500 agents actifs, avant d’atteindre 30 agences, 10 000 agents et trois millions de clients particuliers à l’horizon 2030. La banque comptait un peu plus de 200 000 clients lorsque ce plan a été présenté, ce qui donne la mesure du changement d’échelle recherché. Bankable a extrait ces objectifs des publications prudentielles d’Ecobank RDC.
Le potentiel minier face au risque de concentration
Le secteur minier représente une source évidente d’activité bancaire. Ses besoins dépassent le financement direct des exploitants : paiements, devises, garanties, financement d’équipements, gestion des salaires et fonds de roulement des sous-traitants font également partie de l’écosystème.
La présence d’Ecobank à Kolwezi et Likasi rapproche la banque des économies minières et de services du Lualaba et du Haut-Katanga. Sa participation à la DRC Mining Week traduit aussi sa volonté d’entrer en relation avec les opérateurs, investisseurs et fournisseurs. Cette visibilité ne constitue pas encore la preuve d’un portefeuille minier important, mais elle place la banque dans l’environnement commercial où ces opérations peuvent être développées.
Mabunda possède une expérience pertinente. Pendant plus de vingt ans chez Rawbank, il a occupé des fonctions dans la banque de détail, le financement des entreprises et des institutions, puis la direction commerciale. En janvier 2025, alors qu’il était directeur commercial, Rawbank a arrangé une émission de titres de créance négociables de 10 millions de dollars pour un opérateur minier du Katanga. La transaction comprenait une garantie d’entreprise présentée par la banque comme une première sur le marché congolais.
Cette expérience compte, car Ecobank ne pourra pas atteindre un milliard de dollars de bilan uniquement en ouvrant de nouvelles agences. La banque devra nouer des relations plus importantes avec les entreprises et accroître les flux de transactions, tout en maintenant une gestion rigoureuse du risque.
Le secteur minier peut apporter ces volumes. Les grands opérateurs génèrent des flux financiers considérables, tandis que leurs réseaux de sous-traitants ont besoin de facilités de taille plus réduite. Une exposition excessive à une seule industrie soumettrait toutefois Ecobank aux fluctuations des cours, aux perturbations opérationnelles et aux changements réglementaires.
Une plateforme élargie pour les fournisseurs
Ecobank RDC dispose déjà d’un instrument susceptible de soutenir son expansion auprès des entreprises locales. En mai 2026, British International Investment et la banque ont annoncé une facilité de partage des risques de 30 millions de dollars destinée à accroître le financement des PME congolaises.
Les secteurs ciblés comprennent notamment l’industrie, les infrastructures, les projets climatiques et les énergies renouvelables, dont plusieurs recoupent les besoins de la chaîne d’approvisionnement minière.
Le partage des risques est particulièrement pertinent pour les sous-traitants qui disposent de contrats ou d’opportunités commerciales, mais pas toujours des garanties, des états financiers ou de l’historique bancaire exigés pour obtenir un crédit classique.
Le programme Ellever constitue une autre porte d’entrée. Il associe financement, formation, mentorat et accès au marché pour les entreprises détenues ou dirigées par des femmes, notamment dans les services miniers, la logistique et la fourniture d’équipements.
Selon Mining & Business, Ellever a accompagné plus de 500 entrepreneures et accordé plus de 20 millions de dollars de financements dans les différents secteurs couverts. Le programme vise 100 millions de dollars de crédits à l’horizon 2030. Les informations disponibles ne précisent cependant pas quelle proportion des 20 millions a directement bénéficié à des entreprises minières.
L’opportunité pour Mabunda ne se limite donc pas au financement des sociétés minières. Ecobank peut se positionner sur l’ensemble de la chaîne financière reliant les mines aux transporteurs, fournisseurs d’équipements, entreprises de maintenance et autres prestataires congolais.
La réussite ne se mesurera pas au nombre d’événements miniers auxquels la banque participe. Elle se vérifiera dans les nouvelles transactions annoncées, la croissance du financement des sous-traitants et la capacité d’Ecobank à convertir son réseau régional en activité mesurable dans l’économie minière congolaise.