Les États-Unis ont importé un volume record de 53 290 tonnes de cathodes de cuivre congolaises en juillet 2026. L’amélioration de la qualité du produit et des prix compétitifs ont soutenu cette percée, mais l’éventuelle introduction de droits de douane américains pourrait rapidement en modifier l’équation économique.
Le cuivre congolais gagne un deuxième marché important en dehors de la Chine. Cette progression aux États-Unis dépend toutefois en partie d’une décision douanière sur laquelle les producteurs de la République démocratique du Congo ont peu de contrôle.
En juillet 2026, les États-Unis ont importé un volume record de 53 290 tonnes de cathodes de cuivre raffiné en provenance de la RDC, selon des données commerciales américaines rapportées par Reuters. Le pays a ainsi représenté 23,9 % des importations américaines de cathodes au cours du mois, tandis que le volume total a dépassé 220 000 tonnes pour la première fois.
Les livraisons de juillet ont, à elles seules, dépassé les moins de 32 000 tonnes importées par les États-Unis sur l’ensemble de l’année 2024. Elles constituent jusqu’ici l’indication la plus concrète que le marché américain devient un véritable débouché commercial pour le cuivre congolais, au-delà de l’intérêt politique affiché par Washington.
Les prix ont ouvert le marché américain
Cette progression ne s’explique pas uniquement par le rapprochement entre Kinshasa et Washington autour des minerais stratégiques.
Aucune marque congolaise de cuivre n’est actuellement agréée pour livraison contre les contrats à terme négociés sur le COMEX. Cette situation n’empêche pas les industriels américains d’acheter directement le métal pour leur consommation physique, mais elle limite son utilisation sur le marché boursier. Seules deux marques africaines, toutes deux produites en Zambie, figurent sur la liste du COMEX.
Les cathodes congolaises sont généralement négociées sur la base du cours de la London Metal Exchange. Des sources du marché citées par Reuters ont fait état de décotes comprises entre 550 et 800 dollars par tonne, notamment pour tenir compte des frais de transport.
Au cours de l’été, le cuivre agréé par le COMEX s’est parfois négocié avec une prime de 400 à 600 dollars par rapport au cours londonien. Dans ces conditions, le métal congolais est devenu une option économiquement intéressante pour certains fabricants américains de fils, de barres et de tubes en cuivre.
Des acheteurs ont également signalé une amélioration de la qualité des cathodes produites en RDC. Ce changement est important : il indique que l’ouverture du marché américain ne repose pas seulement sur la diplomatie. Des consommateurs industriels ont trouvé un produit utilisable à un prix compétitif. Mining Weekly/Reuters
Les producteurs congolais et les acheteurs américains à l’origine des volumes de juillet n’ont toutefois pas été identifiés publiquement. Ces livraisons ne doivent donc pas être automatiquement associées au projet distinct de Gécamines visant à commercialiser aux États-Unis 100 000 tonnes de la production 2026 de Tenke Fungurume Mining.
Les droits de douane pourraient modifier l’équation
Les cathodes, les minerais, les concentrés et les anodes de cuivre avaient été exclus du droit de douane de 50 % imposé par les États-Unis, en août 2025, sur certains produits semi-finis contenant du cuivre.
Le département américain du Commerce devait ensuite recommander ou non l’application d’un droit de 15 % sur le cuivre raffiné à partir de janvier 2027, puis de 30 % en 2028. Maison-Blanche
Au 12 septembre 2026, aucune décision définitive n’avait été annoncée. D’après Reuters, la Maison-Blanche évaluait les bénéfices qu’une telle mesure pourrait apporter aux mines et raffineries américaines face aux coûts supplémentaires qu’elle imposerait aux industriels consommateurs de cuivre.
Cette hésitation profite pour l’instant aux exportateurs congolais. Un droit de douane de 15 % serait nettement supérieur aux décotes qui permettent actuellement aux cathodes de la RDC de concurrencer les marques agréées par le COMEX. Selon la valeur douanière retenue et les éventuelles exemptions, une telle taxe pourrait supprimer leur avantage de prix.
L’incertitude a déjà perturbé les flux mondiaux. En prévision d’une possible taxation, les négociants ont déplacé d’importants volumes de cuivre vers les États-Unis. Les stocks américains ont augmenté tandis que la disponibilité du métal s’est resserrée sur d’autres marchés. Lorsque des informations ont indiqué que la taxe n’était plus considérée comme certaine, les cours du cuivre et plusieurs valeurs minières ont fortement reculé.
Le record de juillet ne constitue donc pas encore la preuve d’une réorientation durable des exportations congolaises. Une partie de la hausse correspond à une demande industrielle réelle, mais l’accumulation de stocks avant une éventuelle taxation a également soutenu les importations américaines.
La Chine demeure le premier débouché du cuivre congolais. Elle en a importé 95 778 tonnes en juillet, soit presque deux fois le volume expédié aux États-Unis. Le marché américain est néanmoins passé d’une ambition diplomatique à un flux commercial mesurable.
Pour la RDC, l’enjeu consiste désormais à transformer ce mois exceptionnel en relations commerciales régulières. Cela dépendra de la constance de la qualité des cathodes, de la fiabilité des livraisons, de l’élargissement de la base d’acheteurs et de règles douanières américaines qui ne suppriment pas l’avantage économique ayant attiré ces clients.