La République démocratique du Congo a accordé à Société Anhui Congo d’Investissements Miniers un moratoire de trois mois sur les ventes obligatoires de diamants contrôlées par l’État, offrant à cette coentreprise sino-congolaise une bouée de sauvetage alors qu’elle lutte avec 14 mois de salaires impayés et des obligations fiscales croissantes.
L’administration du président Félix Tshisekedi a annoncé mardi à Tshibwe, un pôle minier de la province du Kasaï Oriental, la suspension temporaire des réglementations restrictives sur les ventes. Cette décision supprime l’obligation faite à SACIM de vendre ses diamants exclusivement par l’intermédiaire d’appels d’offres supervisés par l’État et gérés par le Centre d’Expertise, d’Évaluation et de Certification.
La société minière a accumulé d’importants arriérés de salaires touchant des centaines de travailleurs, tout en faisant face à des dettes fiscales substantielles envers les autorités fiscales congolaises. SACIM produit actuellement 300 000 carats tous les 45 jours, bien en deçà de sa capacité opérationnelle en raison de pénuries d’équipements et de contraintes financières.
“Nous produisons bien en dessous de nos capacités réelles sans machines supplémentaires,” a déclaré un dirigeant de l’entreprise qui a demandé l’anonymat. “Nous devons des millions de dollars en taxes et redevances aux administrations financières. Même avec cette liberté de vente, nous ne pourrions peut-être couvrir qu’un seul mois des 14 mois de salaires dus.”
Le cadre réglementaire imposé en février 2022 sous l’ancien ministre des Mines Antoinette Samba Kalambay exigeait des producteurs de diamants qu’ils acheminent leurs ventes par des enchères centralisées organisées par l’État, limitant ainsi la flexibilité des entreprises en matière de fixation des prix et de gestion des flux de trésorerie. Ces restrictions reflétaient les efforts plus larges de Kinshasa pour capter davantage de valeur des exportations minières tout en maintenant une supervision du secteur.
La décision du Congo s’accompagne de conditions de performance strictes. SACIM doit démontrer une amélioration financière mesurable et remplir ses obligations en matière de développement communautaire, notamment la construction d’infrastructures de santé, de routes d’accès agricoles et le versement régulier des salaires des travailleurs. Des responsables gouvernementaux ont averti de mesures non précisées si l’entreprise ne respecte pas ces exigences.
Ce répit intervient alors que les marchés mondiaux du diamant font face à d’importants vents contraires. Les prix de gros des diamants taillés ont reculé d’environ 20 % en 2023, mettant sous pression des producteurs déjà confrontés à des défis opérationnels et à des contraintes réglementaires dans les régions minières artisanales du Congo.
La situation de SACIM reflète des tensions plus larges dans le secteur minier congolais, où les opérateurs étrangers évoluent dans des environnements réglementaires complexes tout en gérant leurs relations avec les communautés locales et les autorités centrales. L’entreprise avait auparavant sollicité directement le cabinet de Tshisekedi pour obtenir un allègement réglementaire.
Aristote Mutombo, représentant du président pour la région du Grand Kasaï, a annoncé la décision aux travailleurs et aux autorités locales, la présentant comme un soutien conditionnel à une opération stratégiquement importante. Cette période de trois mois permettra de vérifier si une plus grande flexibilité réglementaire peut rétablir la stabilité financière de SACIM tout en maintenant la supervision gouvernementale des revenus tirés du diamant.
L’issue influencera les débats plus larges sur l’approche du Congo en matière de gouvernance du secteur minier, en particulier sur l’équilibre entre le contrôle de l’État et la flexibilité opérationnelle des projets à capitaux étrangers dans les secteurs miniers critiques.