L’État français pourrait porter sa participation à 49 % dans le cadre d’une augmentation de capital de 500 millions d’euros. L’opération vise à redresser les finances du groupe tout en renforçant le contrôle français sur l’approvisionnement en métaux critiques.
La France s’apprête à prendre la première place parmi les actionnaires d’Eramet, à la faveur d’une augmentation de capital de 500 millions d’euros prévue d’ici la fin de 2026. Cette opération doit renforcer les fonds propres du groupe minier, fragilisé par la baisse de ses résultats et l’augmentation de son endettement.
L’État détient actuellement environ 27 % du capital d’Eramet. À l’issue de l’opération, sa participation pourrait atteindre 49 %, notamment grâce au rachat de droits de souscription auprès de la famille Duval, actionnaire historique qui détient environ 37 % du groupe. La famille deviendrait ainsi le deuxième actionnaire.
Selon Eramet, la proposition de l’État constitue la meilleure solution pour consolider sa situation financière et sécuriser les approvisionnements de la France et de l’Europe en métaux stratégiques. La présidente-directrice générale, Christel Bories, a précisé que l’opération ne constituait pas une nationalisation : l’État resterait sous le seuil de 50 % du capital et des droits de vote.
Une recapitalisation devenue nécessaire
L’augmentation de capital avait été annoncée en février, après une forte dégradation des performances financières du groupe. Eramet a également engagé des mesures d’amélioration opérationnelle et envisage la cession de certains actifs pour renforcer son bilan.
Le groupe est exposé à plusieurs marchés miniers, notamment le nickel, le manganèse et le lithium. Ses activités ont été affectées par des conditions de marché défavorables, des difficultés opérationnelles et une réduction du quota d’extraction de nickel accordé à ses activités en Indonésie.
La recapitalisation doit donner au groupe une marge financière supplémentaire pour respecter ses engagements bancaires et poursuivre sa stratégie. Son succès dépendra toutefois de sa capacité à améliorer durablement ses performances, au-delà de l’apport de nouveaux capitaux.
Les métaux critiques au cœur de la stratégie française
L’opération répond aussi à un objectif industriel et géopolitique. Eramet produit des matières premières essentielles à plusieurs chaînes de valeur industrielles, alors que les gouvernements européens cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à réduire leur dépendance envers des fournisseurs dominants dans l’extraction et le traitement de certains métaux.
En devenant le premier actionnaire d’Eramet, l’État français renforcerait son influence sur un groupe présent dans plusieurs régions du monde, notamment en Indonésie pour le nickel, en Argentine pour le lithium, ainsi qu’au Gabon et au Sénégal pour le manganèse et d’autres matières premières minérales.
Cette présence internationale donne à Eramet une importance qui dépasse les seuls intérêts de ses actionnaires. Elle en fait un instrument potentiel de la politique française et européenne en matière de sécurité d’approvisionnement. Une participation accrue ne garantit toutefois ni des volumes disponibles supplémentaires ni des prix plus favorables : ces résultats dépendront aussi des capacités de production, des contrats commerciaux et de la situation des marchés.
Une nouvelle étape dans la gouvernance du groupe
Le changement d’actionnariat intervient après une période de turbulences au sein de la direction. Eramet a écarté son ancien directeur général, Paulo Castellari, en début d’année, tandis que son directeur financier, Abel Martins-Alexandre, a également quitté ses fonctions. Christel Bories a repris temporairement la direction générale.
La clarification de la structure actionnariale pourrait faciliter la nomination d’un nouveau directeur général et réduire les incertitudes sur la gouvernance. Elle ne résout cependant pas, à elle seule, les difficultés financières et opérationnelles du groupe.
L’augmentation de capital est attendue au quatrième trimestre 2026. Sa réalisation reste soumise aux conditions de l’opération et aux autorisations réglementaires nécessaires.
Pour Eramet, l’enjeu est désormais de transformer le soutien de l’État en redressement industriel. Pour la France, il s’agit de concilier la stabilisation d’un groupe coté avec une ambition plus large : sécuriser l’accès aux métaux dont dépend une part croissante de son industrie.