Organisé du 3 au 5 novembre 2024 à l’hôtel Hilton de Kinshasa, l’événement a réuni des responsables gouvernementaux, des dirigeants du secteur et des experts internationaux. Organisées par Resource Matters en partenariat avec le Ministère des Mines, les discussions ont porté sur le rôle de la RDC dans la satisfaction de la demande croissante en minéraux de la transition énergétique, tels que le cobalt, le lithium et le nickel, indispensables aux véhicules électriques et aux technologies d’énergie renouvelable.
S’exprimant au nom du Ministre des Mines, absent, le Ministre du Développement rural, Muhindo Nzangi, a souligné le contraste saisissant entre l’abondance inégalée des ressources du pays et la pauvreté extrême endurée par nombre de ses citoyens. « Un potentiel inexploité ne signifie rien s’il ne parvient pas à améliorer la vie de notre population. Nous ne pouvons pas continuer à être une terre d’immenses richesses qui laisse ses citoyens parmi les plus pauvres du monde », a déclaré Nzangi. Ses propos ont cadré la mission plus large du forum : élaborer une feuille de route pour transformer la richesse minérale en résilience économique et en équité sociale.
Au cœur des discussions figurait l’impératif d’aligner la stratégie minière de la RDC sur les objectifs mondiaux en matière d’énergie propre, tout en s’attaquant aux défis internes, notamment la mauvaise gouvernance, les déficits d’infrastructures et la volatilité des marchés. Le professeur Kalele Hercule de l’Université de Kinshasa a exhorté le gouvernement à aller au-delà de l’exportation de matières premières. « La RDC doit viser à devenir un producteur de produits à valeur ajoutée, en intégrant les industries de raffinage et de transformation afin de s’établir au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales », a déclaré Hercule. Il a également insisté sur l’importance de développer des industries en aval, comme la fabrication de batteries, afin de créer une économie plus diversifiée et plus durable.
Le forum s’est également penché sur les réformes de gouvernance, une question récurrente dans le secteur des ressources de la RDC. John Nsana Kanyoni, membre de la Fédération des Entreprises du Congo, a critiqué les lacunes dans la mise en œuvre du Code minier de 2018. Il a souligné la nécessité d’une stratégie proactive pour naviguer dans les tendances du marché mondial, avertissant que la domination de la RDC dans la production de cobalt pourrait s’éroder en l’absence de politiques tournées vers l’avenir. Kanyoni a suggéré de s’inspirer de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en collaborant avec d’autres nations riches en minéraux comme l’Indonésie afin de stabiliser les niveaux de production et d’influencer les prix mondiaux.
Une proposition clé qui a retenu l’attention a été la création d’un fonds souverain destiné à orienter les recettes minières vers des initiatives de développement à long terme, telles que les infrastructures, l’éducation et la santé. Ce modèle, qui a été mis en œuvre avec succès dans des pays riches en ressources comme la Norvège, pourrait aider la RDC à échapper à la « malédiction des ressources » qui a historiquement freiné son progrès. Les partisans de ce fonds ont soutenu qu’il offrirait un mécanisme financier durable pour investir dans l’avenir du pays tout en garantissant la transparence et la redevabilité.
Le forum a également insisté sur la nécessité d’une cartographie géologique précise afin d’améliorer la compréhension des réserves minérales inexploitées de la RDC. Des données améliorées pourraient attirer des investissements étrangers plus ciblés et permettre au gouvernement de négocier de meilleurs accords avec les multinationales. Les discussions ont en outre mis en évidence l’urgence du développement des infrastructures, notamment la modernisation des réseaux de transport et la fiabilité de l’approvisionnement en électricité, afin de soutenir les activités minières et de renforcer le commerce régional.
Les représentants de Resource Matters ont présenté la transition énergétique mondiale à la fois comme une opportunité et comme une responsabilité pour la RDC. « Les minéraux enfouis sous le sol congolais sont au cœur du passage mondial à l’énergie propre, mais la manière dont ces ressources sont gérées déterminera non seulement l’avenir de la RDC, mais aussi la durabilité des ambitions énergétiques de la planète », a déclaré un intervenant. Cette perspective s’inscrit dans la pression internationale croissante en faveur de la transparence, de pratiques de travail équitables et de la durabilité dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux.
Le forum s’est conclu par un appel à l’action, exhortant les parties prenantes à tirer parti de la demande croissante en minéraux de la transition énergétique tout en se prémunissant contre les risques de tensions géopolitiques et d’exploitation économique. Le Ministère des Mines a promis de donner la priorité à des partenariats qui concilient les intérêts nationaux et la collaboration mondiale, afin de garantir que les ressources naturelles de la RDC soient mises au service du bénéfice collectif de ses citoyens.