La société minière américaine KoBold Metals a intensifié sa campagne pour prendre le contrôle du gisement de lithium de Manono en République démocratique du Congo, exacerbant un complexe différend de propriété aux implications géopolitiques importantes.
KoBold, soutenue par les investisseurs milliardaires Bill Gates et Jeff Bezos, a annoncé le 6 mai un accord-cadre commercial avec l’australienne AVZ Minerals afin de « permettre un développement rapide » du gisement.
L’accord verrait AVZ céder ses intérêts commerciaux à Manono à KoBold « à sa juste valeur », selon un communiqué conjoint signé par les PDG des deux sociétés.
Le gisement de Manono représente l’une des plus grandes ressources de lithium d’Afrique, les estimations de janvier 2024 indiquant environ 669 millions de tonnes de ressources titrant 1,61 % de lithium.
Le gouvernement congolais soutient qu’AVZ a perdu ses droits sur Manono lorsque la société publique Cominière a mis fin à leur partenariat en 2022. AVZ a contesté cette résiliation devant la Cour internationale d’arbitrage, où elle a obtenu une ordonnance enjoignant à Cominière de payer 39,1 millions d’euros de pénalités pour non-respect des injonctions. Toutefois, le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur la question fondamentale de la propriété.
La proposition de KoBold vise à régler le différend en offrant une « compensation appropriée » à AVZ en échange de l’abandon de ses revendications.
La société a indiqué qu’elle développerait la partie sud du gisement, tandis que la section nord resterait sous le contrôle du groupe chinois Zijin Mining.
Manono Lithium SAS, une coentreprise détenue à 61 % par Zijin via sa filiale Jinxiang Lithium et à 39 % par Cominière, a obtenu un permis d’exploitation pour une partie du gisement en septembre 2024. La coentreprise prévoit de commencer la production de lithium début 2026.
Le communiqué conjoint indique qu’AVZ « s’est engagée à proposer au gouvernement congolais une suspension temporaire de la procédure d’arbitrage du CIRDI afin de faciliter les discussions », ce qui suggère qu’aucune réponse favorable n’a encore été donnée par les autorités congolaises.
KoBold et AVZ semblent tirer parti de l’amélioration des relations entre les États-Unis et la RDC, affirmant qu’elles « coopèrent avec toutes les parties prenantes, y compris le gouvernement américain, le gouvernement de la RDC et le partenaire actuel de développement d’AVZ ».
Les sociétés présentent leur proposition comme une contribution à la « paix et à la prospérité », promettant « des milliers d’emplois bien rémunérés pour les Congolais, sur plusieurs décennies ».
Cette manœuvre intervient alors que Kinshasa a récemment առաջարկé à l’administration Trump un accord minier en échange d’un soutien pour résoudre le conflit en cours dans l’est de la RDC.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a souligné ce lien le 25 avril à Washington, déclarant que « une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo ouvrira la voie à des investissements accrus des citoyens américains et occidentaux, ce qui créera un écosystème propice à des chaînes d’approvisionnement responsables et fiables pour des produits tels que les minéraux critiques. »