L’exploitation aurifère en RDC est structurellement différente du secteur cuivre-cobalt à presque tous égards : géographie, propriété, échelle et profil de gouvernance. Le principal actif aurifère du pays — Kibali — se situe dans l’extrême nord-est reculé, loin des provinces de la Copperbelt. Le reste de la production aurifère du pays provient d’un secteur artisanal réparti sur cinq provinces orientales, qui présente un ensemble distinct de considérations commerciales et de conformité.
Pourquoi l’or de la RDC compte
La RDC figure parmi les plus grands producteurs d’or d’Afrique lorsque la production de Kibali est prise en compte, mais le tableau d’ensemble est obscurci par un secteur artisanal important et mal quantifié. Kibali a produit environ 750 000 onces en 2023, ce qui le place parmi les dix plus grandes mines d’or au monde. La production aurifère artisanale dans les provinces orientales ajoute un volume incertain que l’EITI et la Banque Centrale du Congo tentent d’estimer, tout en reconnaissant qu’il est largement sous-déclaré.
L’or est moins étudié sur le plan commercial dans le contexte de la RDC que le cuivre et le cobalt, en partie parce que Kibali est la seule grande exploitation industrielle et que son profil est relativement stable, et en partie parce que le secteur aurifère ASM de l’est implique des dimensions liées aux groupes armés et au financement des conflits qui relèvent, pour la plupart des lecteurs institutionnels, davantage de l’analyse de la gouvernance que de l’analyse commerciale.
Kibali comme projet d’ancrage
La mine d’or de Kibali est située dans la province du Haut-Uele, dans l’extrême nord-est de la RDC, à environ 150 kilomètres au nord-ouest de la ville frontalière de Yei, au Soudan du Sud, et à environ 1 800 kilomètres de Kinshasa.
Propriété : Barrick Gold 45 % (avec la gestion opérationnelle), AngloGold Ashanti 45 %, SOKIMO (entité aurifère de l’État congolais) 10 %.
Kibali est structurée comme une exploitation autonome : elle produit sa propre électricité grâce à un système hydroélectrique utilisant la rivière Kibali, réduisant ainsi sa dépendance au réseau national (SNEL), qui ne dessert pas efficacement cet emplacement isolé. Cette autosuffisance énergétique est au cœur de la fiabilité opérationnelle de la mine.
La mine traite le minerai au moyen d’un circuit CIL (carbon-in-leach) conventionnel pour le minerai oxydé dur et d’un circuit gravimétrique pour la fraction d’or libre. L’exploitation souterraine et l’exploitation à ciel ouvert contribuent toutes deux à l’alimentation du minerai. La composante souterraine utilise des méthodes d’abattage par longs trous à grande profondeur.
L’or de Kibali est exporté sous forme de doré — un alliage semi-pur d’or et d’argent — par voie aérienne vers des raffineries situées hors de la RDC, principalement en Afrique du Sud ou en Suisse, où il est affiné au standard d’investissement. L’exportation aérienne du doré est courante pour les exploitations aurifères situées dans des zones reculées où la logistique routière est lente et où la valeur par tonne de l’or rend le fret aérien économiquement viable.
Haut-Uele et logistique
La géographie du nord-est pose des défis logistiques qui distinguent Kibali des opérations de la Copperbelt. Les infrastructures routières dans le Haut-Uele sont limitées.
La mine utilise une combinaison de fret aérien (pour le doré et les consommables essentiels) et de convois routiers pour les matériaux en vrac. La gestion opérationnelle de Barrick met l’accent sur la résilience de la chaîne d’approvisionnement comme défi logistique central.
Le contexte sécuritaire dans le Haut-Uele est plus complexe que dans le Lualaba.
Bien que la zone immédiate autour de Kibali soit restée relativement stable, l’ensemble du nord-est de la RDC a connu une activité intermittente de groupes armés. L’emplacement isolé de Kibali, ses infrastructures autonomes et l’expérience opérationnelle de Barrick dans des juridictions difficiles ont permis de maintenir une production continue.
Contexte aurifère de l’est de la RDC
Au-delà de Kibali, l’or est produit dans cinq provinces : le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, l’Ituri et le Tanganyika. La production est presque entièrement artisanale.
L’International Peace Information Service (IPIS) cartographie les sites aurifères artisanaux dans la région ; sa base de données recense plusieurs centaines de sites actifs, dont beaucoup se trouvent dans des zones où sont présents des groupes armés ou où des liens avec le financement des conflits ont été documentés.
L’or provenant de l’est de la RDC transite par des réseaux de négociants et quitte souvent le pays via le Rwanda, l’Ouganda ou le Burundi avant d’atteindre les circuits formels de raffinage.
Ce schéma d’acheminement crée une complexité de diligence raisonnable pour les raffineurs et les acheteurs : l’or qui apparaît dans les statistiques d’exportation du Rwanda ou de l’Ouganda peut contenir une fraction d’origine RDC déclenchant des obligations de diligence raisonnable de l’OCDE.
En quoi la couverture de l’or doit différer de celle du cuivre-cobalt
Les analystes et les journalistes qui abordent la couverture de l’or en RDC devraient adopter un cadre différent de celui utilisé pour le cuivre et le cobalt. Pour le cuivre-cobalt, les principales questions d’analyse sont : qui possède la mine, quel est le rythme de production, et que signifie le régime fiscal pour l’économie du projet ? Pour l’or de l’est de la RDC, ces questions sont secondaires par rapport à : comment cet or circule-t-il, qui contrôle les étapes intermédiaires, et quels cadres de gouvernance s’appliquent ?
Le Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC, qui fait rapport chaque année au Conseil de sécurité, est la source publiée la plus systématique pour l’analyse des flux d’or de l’est de la RDC.
Ses rapports documentent des sociétés de négoce spécifiques, des passages frontaliers et des liens avérés entre les ventes d’or et le financement de groupes armés qu’aucune autre source ne suit de manière aussi systématique.