f 𝕏 in ig yt EN | FR
Africa's Mining Industry Directory
List company →
Business Listings
R.D. Congo · August 07, 2026

La RDC ouvre une enquête de 60 jours sur les allégations d’uranium dans ses exportations de cobalt

ST
Staff Writer
August 07, 2026
· 6 min read
Share 𝕏 Tweet in Post
La RDC ouvre une enquête de 60 jours sur les allégations d’uranium dans ses exportations de cobalt

Le gouvernement congolais va analyser un échantillon représentatif des exportations d’hydroxyde de cobalt, évaluer les risques sanitaires et environnementaux potentiels et solliciter l’appui technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Les résultats de l’enquête devront être publiés dans un délai de 60 jours.

La République démocratique du Congo a ouvert une enquête officielle sur les allégations selon lesquelles de l’uranium aurait transité par la chaîne d’approvisionnement du cobalt congolais.

Dans un communiqué daté du 6 août 2026, le gouvernement a annoncé qu’un échantillon représentatif des exportations d’hydroxyde de cobalt serait soumis à des analyses de laboratoire. Ces analyses seront réalisées par un laboratoire national ainsi que par un laboratoire international accrédité, dans le cadre d’un protocole présenté comme transparent.

Un groupe de travail interministériel sera chargé de vérifier les allégations, d’établir les faits, d’évaluer les éventuels risques sanitaires et environnementaux et de proposer les mesures appropriées. Son rapport est attendu dans un délai de 60 jours.

Kinshasa prévoit également d’engager des consultations avec l’Agence internationale de l’énergie atomique en vue d’une éventuelle mission d’appui technique, dans le prolongement des mécanismes de coopération et de garanties existants.

Le gouvernement s’est engagé à rendre publiques les conclusions de l’enquête, quel qu’en soit le résultat.

Kinshasa conteste la méthodologie de l’étude

L’enquête fait suite à une étude publiée le 30 juillet dans la revue scientifique Nature Communications. Ses auteurs estiment qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient pu quitter la RDC entre 2000 et 2024, incorporées dans des exportations d’hydroxyde de cobalt principalement destinées à la Chine.

Le gouvernement congolais reconnaît que l’uranium est naturellement présent aux côtés du cuivre et du cobalt dans certaines zones minières du Lualaba et du Haut-Katanga. Selon le communiqué, cette association géologique est connue et documentée depuis plus d’un siècle.

Les autorités contestent toutefois la méthodologie utilisée pour calculer les volumes estimés d’uranium. Elles relèvent que l’étude ne s’appuie pas sur des mesures directes réalisées sur des cargaisons individuelles destinées à l’exportation.

Les estimations reposent plutôt sur une modélisation générale qui ne tient pas compte des caractéristiques propres à chaque exploitation minière.

Le gouvernement estime donc qu’un échantillonnage direct et des analyses contradictoires sont nécessaires avant de tirer des conclusions définitives.

Les entreprises minières à capitaux chinois opérant en RDC ont également rejeté les accusations selon lesquelles leurs produits contiendraient des concentrations d’uranium supérieures aux limites applicables.

Plusieurs institutions participeront à l’enquête

L’investigation associera le Comité national de protection contre les rayonnements ionisants, le Commissariat général à l’énergie atomique et le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification.

Les services techniques des ministères chargés des Mines, de la Recherche scientifique et d’autres secteurs concernés participeront également aux travaux.

Le mandat du groupe interministériel ne se limitera pas à déterminer si de l’uranium est présent dans les produits exportés. Il devra aussi établir si les concentrations détectées présentent des risques pour les travailleurs, les communautés environnantes ou l’environnement.

La présence d’uranium dans certains gisements ne signifie pas automatiquement que les niveaux observés constituent un danger immédiat. Le risque dépend notamment de la concentration, de la durée d’exposition, de la forme chimique de la matière et des conditions de traitement, de stockage et de transport.

L’enquête devra donc distinguer la présence géologique naturelle de situations pouvant nécessiter des mesures supplémentaires de protection, de traitement ou de surveillance.

L’appui de l’AIEA reste à confirmer

Le gouvernement congolais prévoit de consulter l’AIEA par les voies diplomatiques et institutionnelles appropriées.

À ce stade, l’agence internationale n’a pas encore été confirmée comme participante ou responsable de l’enquête. L’annonce doit donc être présentée comme une demande de consultations techniques et non comme une investigation conduite par l’AIEA.

Une éventuelle participation de l’agence pourrait néanmoins renforcer la crédibilité des méthodes de contrôle et apporter une expertise supplémentaire en matière de surveillance radiologique et de gestion des matières naturellement radioactives.

La présence d’uranium naturel dans l’hydroxyde de cobalt ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’un programme intentionnel d’exportation d’uranium. Elle ne constitue pas non plus automatiquement une violation des obligations internationales de la RDC en matière de non-prolifération.

Selon le Financial Times, l’AIEA a indiqué ne disposer d’aucun élément laissant penser que la RDC ne respecte pas ses obligations en matière de garanties.

La publication du rapport constituera le principal test

La promesse du gouvernement de publier les conclusions de l’enquête constitue désormais un engagement mesurable.

Pour répondre aux préoccupations du marché, le rapport devra préciser les sites et les cargaisons concernés, les méthodes d’échantillonnage utilisées, les laboratoires ayant réalisé les analyses et les concentrations d’uranium détectées.

Il devra également identifier les normes appliquées ainsi que les éventuelles mesures correctives prévues en cas de dépassement.

Des résultats indépendants et suffisamment détaillés pourraient protéger la réputation des entreprises respectant les exigences réglementaires. Ils pourraient aussi permettre aux autorités d’identifier les opérations nécessitant des contrôles supplémentaires.

Pour les acheteurs internationaux, l’enquête pourrait apporter davantage de visibilité sur les procédures de contrôle et de certification des produits cobaltifères congolais.

Pour les travailleurs et les communautés, elle devra déterminer si la présence d’uranium associée aux activités d’extraction, de traitement ou de gestion des résidus nécessite des mesures de protection renforcées.

Les 60 prochains jours constitueront ainsi un test de la capacité des institutions congolaises à remplacer les allégations et les démentis par des données vérifiables, produites sous l’autorité de l’État et accessibles au public.

Tags: R.D. Congo R.D. Congo
Related Articles
Leave a Comment
Your comment