L’industrie diamantaire de la République démocratique du Congo est tombée à moins de la moitié de ses niveaux de production du début des années 2000, passant d’environ 30 millions de carats par an à une moyenne de 11,7 millions de carats depuis 2019, selon une analyse approfondie du International Peace Information Service.
Ce déclin reflète des défaillances systémiques dans l’ensemble du secteur diamantaire congolais, qui contrôle 9 % des réserves mondiales et produit 18 % des diamants industriels de la planète. Les activités minières du pays restent concentrées dans la province du Kasai-Oriental, en particulier autour de Mbuji-Mayi, où se déroule 96 % de la production nationale.
Deux entreprises illustrent la trajectoire contradictoire du secteur. Société Minière de Bakwanga (MIBA), autrefois pierre angulaire de l’économie du Kasai, a de fait cessé ses activités depuis 2008 à la suite de la perte de concessions de premier plan et d’un sous-investissement chronique. L’entreprise publique est confrontée à des pénuries d’équipements et à des accusations de corruption qui ont compromis sa capacité opérationnelle.
Parallèlement, Société Anhui-Congo d’Investissement Minier (SACIM), l’exploitation soutenue par la Chine active depuis 2016, maintient une production stable mais fait l’objet de critiques persistantes concernant ses pratiques de travail et ses relations avec les communautés. Des groupes locaux de la société civile accusent SACIM de violations des droits des travailleurs, de violences contre les mineurs artisanaux, de pollution environnementale et d’un investissement communautaire minimal.
Un écart de 12,1 millions de dollars entre les contributions fiscales déclarées par SACIM, soit 18,4 millions de dollars, et les registres gouvernementaux faisant état de 6,3 millions de dollars en 2022 met en évidence des défaillances plus larges en matière de gouvernance, selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Congo.
Le sous-secteur de l’exploitation minière artisanale a connu sa contraction la plus sévère depuis les années 1980, la production ayant été divisée par deux au cours de la dernière décennie. Les gisements accessibles ont été épuisés, tandis que les conditions de travail restent précaires et que le banditisme s’est intensifié. De nombreux mineurs artisanaux opèrent illégalement sur les concessions de MIBA, au risque de confrontations violentes avec les forces de sécurité.
La supervision gouvernementale demeure insuffisante dans l’ensemble du secteur. Les agences publiques manquent de ressources pour assurer un suivi efficace, ce qui favorise la généralisation du commerce informel, de la fraude et de la contrebande. Ce vide réglementaire a nourri une méfiance persistante entre les mineurs artisanaux et les responsables publics, fréquemment accusés d’extorsion et de taxation arbitraire.
Malgré l’adhésion du Congo au système de certification du Processus de Kimberley, des préoccupations subsistent quant à la traçabilité, compte tenu de la nature facilement dissimulable des diamants et des soupçons de contrebande transfrontalière. Les communautés locales signalent un impact positif minime des revenus diamantaire, la redistribution aux autorités provinciales restant opaque et les projets de développement ne se matérialisant pas.
Le rapport du International Peace Information Service contraste la négligence du secteur diamantaire avec les initiatives de réforme visant le cuivre, le cobalt et les minerais de conflit, qui ont bénéficié de programmes substantiels en matière de transparence et de droits humains. Des efforts isolés, notamment le projet de traçabilité OrigemA et les programmes d’enregistrement de la Diamond Development Initiative, ont eu un impact limité.
L’institut de recherche a conclu que, sans soutien financier et technique renforcé, le Congo ne peut pas raisonnablement satisfaire aux normes internationales en matière de respect des droits humains, de gouvernance environnementale et sociale, ainsi qu’aux exigences de certification. L’analyse appelle à une réforme globale du secteur afin de transformer l’exploitation diamantaire d’un facteur de marginalisation en un véritable moteur de développement.
La crise diamantaire du Congo souligne les défis plus larges auxquels sont confrontés les exportateurs africains de minerais qui cherchent à capter davantage de valeur de la richesse en ressources naturelles tout en remédiant aux déficits de gouvernance et aux griefs des communautés qui ont historiquement caractérisé les industries extractives à travers le continent.