CMOC Ltd. de Chine, le plus grand producteur mondial de cobalt, a exhorté la République démocratique du Congo à lever ses restrictions temporaires à l’exportation de ce métal essentiel pour les batteries, alors que les stocks chinois s’amenuisent et que la date d’expiration du 22 juin approche.
Kenny Ives, vice-président de CMOC, a pressé le ministre congolais des Mines, Kizito Pakabomba, lors d’une session à huis clos tenue dans le cadre d’un sommet industriel à Singapour, de lever les obstacles qui freinent les exportations de cobalt. Cet appel souligne la pression croissante exercée sur le gouvernement congolais, qui envisage de prolonger des restrictions ayant remodelé les marchés mondiaux du cobalt.
Les stocks chinois s’épuisent rapidement, a averti Ives, selon des sources familières des discussions. Il a mis en garde contre le fait qu’un maintien prolongé des restrictions à l’exportation pourrait accélérer le passage des constructeurs automobiles aux batteries au lithium fer phosphate, qui éliminent totalement le cobalt des systèmes d’alimentation des véhicules électriques.
Plusieurs fabricants chinois, dont BYD Co., ont déjà adopté la technologie LFP pour les applications automobiles comme pour les projets de stockage d’énergie à grande échelle. Le fabricant de batteries CATL, qui détient une participation de 30 % dans CMOC, constitue un investisseur important dans les activités de cobalt de la société minière.
CMOC prévoit une production de 100 000 à 120 000 tonnes métriques cette année, contre 114 000 tonnes en 2023, portée par l’augmentation de la production de ses mines de Tenke Fungurume et de Kisanfu, dans la ceinture cuprifère du Congo.
Le Congo a imposé ce moratoire de quatre mois en février afin de remédier à une surabondance mondiale qui avait pesé sur les prix. La restriction a immédiatement resserré les marchés internationaux, faisant passer le prix du cobalt à 33 631 dollars la tonne, contre environ 30 000 dollars avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.
Cette nation d’Afrique centrale contrôle 75 % des réserves mondiales de cobalt et domine la production de ce métal essentiel aux batteries lithium-ion qui alimentent les véhicules électriques et l’électronique grand public. Le Cobalt Institute prévoit que la demande mondiale atteindra 227 000 tonnes cette année, soit une hausse de 11 % par rapport à 2024, principalement tirée par les besoins en batteries pour véhicules électriques.
Les autorités réglementaires congolaises ont laissé entendre qu’elles pourraient prolonger les limitations à l’exportation au-delà de l’échéance de juin. Patrick Luabeya, président de l’Autorité de régulation des marchés des substances minérales stratégiques, a indiqué que les responsables envisagent de maintenir une forme de contrôle des exportations, bien que les paramètres précis restent à définir.
Cette éventuelle prolongation reflète la stratégie plus large de Kinshasa visant à tirer une plus grande valeur de sa richesse minérale tout en gérant la dynamique de l’offre mondiale. Le Congo a de plus en plus mis à profit sa position dominante dans les minerais critiques alors que les pays occidentaux cherchent à réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement contrôlées par la Chine pour les matériaux destinés aux batteries.